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Tim Volckaert - ACTIONS.

Joris Van Der Borght, 2017.

 

A while ago I had the pleasure of making the acquaintance of Tim Volckaert, the artist and the man. From the one came the other and several months later Tim put together the show ‘There Is No Mountain High Enough’ (24/03-05/05/2017) for BruthausGallery in Waregem. The project was a side shoot of a recent action in Antwerp Zoo.It was a combination of phlegm and a painful allusion to our ethnocentric Western view of things.  Highly-charged work. The show was notable for a number of reasons and not least the innovations in Volckaert’s oeuvre. The content as a whole felt more light-footed than we were accustomed to with him; a less heavy and black sculptural approach, a more light-hearted theatricality, a slightly less dramatically charged atmosphere compared to the earlier work we know by Tim.    

 

Following on from that cooperation and because Tim felt that I have a very good understanding of his ‘actions’ and performances, the artist asked me to write a piece on that aspect of his work. The idea was that the piece should appear next to that aspect in the publication you are now holding. And that is indeed what happened. 

 

I should perhaps point out that as a visual artist I myself carried out scores of actions with similar content in the 1990s, though I captured mine on video. So I have always felt that there is a connection between the artist Tim Volckaert and me, and he feels it too.

 

By way of joint preparation for the piece, Tim invited me to his attic studio in Ronse for an informative round. I look upon that session as a warm-hearted revelation. The artist had prepared everything in such a way that his actions were classified chronologically, giving me the chance to peruse his very first eight activities. In so doing I was able to relish tracing Tim’s artistic journey from the outset, from even before he decided as a young adolescent to go down the arts route, right up to his first steps after graduating. 

 

Even in the very first activity he performed, Tim displayed a great interest in ‘earth’ and ‘ground’, thereby immediately identifying with his geographic roots as a ‘laaglander’, a Lowlander. Let me make myself clear; I am referring to someone from the Southern Low Countries. Whereas our Northern neighbours are characterized as always having to hold their own against the sea water, we Southern Low Country people always have to try and extract ourselves from the heavy, cloggy clay soil in what is a remorseless, character-forming but never-ending struggle. Without that struggle, however, there would be no Permekes, no Stijn Streuvels and no Thierry De Cordier.

 

Tim Volckaert takes the earth for granted, though it has caused him considerable pain too. Just as an alchemist concerns himself with the central discovery of the cosmic story by changing lead into gold, so too this artist seeks salvation and meaning in digging himself into what we try so hard to escape. At the same time we should also see how the boy artist lost his faith in human interaction, with the result that he withdrew to places we don’t usually regard as salutary, but in which he found a magical, deified aspect. Volckaert is not a flier, Volckaert is a burrower.

 

Whereas many consider changing lead into gold as the ultimate act to transcend human limitations, this artist seeks alchemistic salvation in changing gold into lead. Showing this handicap in not being able to surpass himself, showing, studying and immersing himself in practical research so as to experience this failure is a mainspring of Volckaert’s artistic investigations.

Volckaert shows the opposite of what baroque man believed, but at the same time he is an admirer of that belief.

 

Volckaert‘s very first pre-artistic action was an attempt to have the inhabitants of the atmosphere, the overseers of the terrestrial from the divine perspective, survive in the subterranean. Fortunately, that was not something he wanted to execute literally. In the end something inside him told him not to do it. Was it compassion that held him back, or was it the typical human boycott of his own undertakings for fear that he might eventually reach the divine? Leaving that aside, as luck would have it, he didn’t condemn his caged yellow parakeets to a subterranean existence. We now know that, without being a ‘green boy’ in the ecological sense, animal suffering is a subject Tim Volckaert tries almost obsessively to combat in his life (yet it is not a subject in his artistic oeuvre).

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Il y a quelque temps, j'ai eu le plaisir de faire la connaissance de l'artiste et de l’homme Tim Volckaert. Une chose en entraînant une autre, Tim a créé quelques mois plus tard l’exposition There is No Mountain High Enough (24/03-05/05/2017) pour la BruthausGallery à Waregem. Un projet qui vient se greffer sur une action récente au zoo d’Anvers.

Une certaine dose de flegme en même temps qu’une allusion douloureuse à cette vision ethnocentrique qui caractérise l’Occident. Une œuvre chargée de tension. Dans cette exposition, on a pu être frappé par un certain nombre de choses, en ce qu’elles représentaient des innovations au sein de l’œuvre de l’artiste. L'ensemble donne une impression de plus grande légèreté que ce à quoi nous étions accoutumés de sa part : une approche sculpturale moins massive et moins noire, une théâtralité plus ludique, une atmosphère moins chargée dramatiquement au regard de l'œuvre que nous connaissons de Tim.

 

À l’occasion de notre collaboration et grâce au fait que Tim sentait une très grande compréhension de ma part pour ses « actions » et/ou performances, l'artiste m'a demandé d'écrire un article sur cette partie de son œuvre.  Cet article est destiné à prendre place à côté d’impressions inspirées par celle-ci, dans cette publication que vous tenez en main en ce moment. Une demande qui a donc pris forme.

 

Notons qu’étant moi-même artiste plasticien, j'ai entrepris bon nombre d’actions au contenu similaire dans les années 90, à ceci près que je les ai fixées sur un support vidéo. Il existe donc bel et bien un lien entre l'artiste Tim Volckaert et moi-même, je l'ai toujours senti et lui pareillement.

 

Afin de bénéficier d’un moment de réflexion partagée dans le cadre de la préparation de cet article, Tim m'a invité dans son « atelier-grenier » à Renaix. Cette séance d’information a été pour moi une révélation chaleureuse. L'artiste avait tout préparé, subdivisant ses actions de manière chronologique. J'ai eu l'occasion de parcourir ses huit premières activités en ce sens. J'ai eu la chance de suivre la trajectoire artistique de Tim depuis le début, avant même qu'il ne décide, au début de l'adolescence, d’emprunter pour de bon de chemin des arts, jusqu'à ses tout premiers pas après l'obtention de son diplôme.

 

Dès sa toute première activité, Tim a fait preuve de beaucoup d'intérêt pour la « terre » et le « sol », ce qui l’enracine aussitôt dans son identité géographique, un « homme des Plats Pays ». Ou, pour être plus précis, un habitant des Plats Pays méridionaux. Là où nos voisins du nord se caractérisent par une l’obligation constante de se mesurer à la mer, nous autres, qui sommes du sud, avons toujours dû essayer de nous arracher à la lourdeur et à l’aspiration de l’argile. Un combat acharné, immémorial pour se forger un caractère. Mais sans ce combat, pas de Permeke, pas de Stijn Streuvels, pas de Thierry De Cordier...

 

Force est à Tim Volckaert de s’accommoder de cette terre, même si elle lui a aussi causé beaucoup de tristesse. De même qu’un alchimiste est attiré par la découverte centrale de l'histoire cosmique à travers la transmutation du plomb en or, cet artiste cherche son salut et sa signification en s’ensevelissant dans ce que nous tentons de fuir de toutes nos forces.

Dans le même temps, il faut considérer comment l'artiste, encore tout jeune, a perdu confiance dans les interactions humaines, ce qui a eu pour effet que son isolement dans d’autres lieux que ceux que nous avons coutume de considérer comme salutaires a revêtu pour lui un caractère magique, divinisé. Tim Volckaert n'est pas un aviateur, Tim Volckaert est un fouisseur.

 

Là où beaucoup voient dans la transmutation du plomb en or un acte ultime pour transcender la finitude humaine, cet artiste cherche le salut alchimique dans la transmutation de l’or en plomb.

Montrer ce handicap de ne pas pouvoir se transcender soi-même ; montrer, étudier, immerger le moi dans une recherche pratique pour faire l’expérience de cet échec, tel est l’un des ressorts les plus importants de la démarche de Tim Volckaert. Ce dernier a beau montrer le contraire de ce en quoi l'homme baroque croyait, il n’en est pas moins un admirateur de cette croyance.

 

Dans sa toute première action pré-artistique, il tente de faire survivre les habitants de l'espace aérien, qui contemplent le terrestre du point de vue divin, sous terre. Heureusement, il s’est abstenu de concrétiser cette idée dans la réalité. Au bout du compte, une voix intérieure lui a soufflé de n’en rien faire. Est-ce la compassion qui l’a arrêté ou ce boycott, si typiquement humain, de ses propres entreprises par peur de finir par atteindre au divin ? Laissons la question de côté. Pour l’instant, estimons-nous heureux qu'il n'ait pas condamné ses perruches à quitter leur cage pour une existence souterraine. Entre-temps, nous avons découvert que chez Tim Volckaert, qui n’est pourtant pas un « jeune homme vert » au sens écologique du terme, la souffrance animale est un combat presque obsessionnel dans sa vie (même si elle ne représente pas un thème de son œuvre artistique).